A table avec Robert Capa


Quel est le quotidien alimentaire des reporters et des gens en mission à l'autre bout du monde ? La question m'est revenue en allant voir l'exposition consacrée à Robert Capa au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme à Paris. J'ai donc demandé à Thierry Do Espirito, en plein travail sur son prochain ouvrage dédié à Capa, de répondre à mes questions pour se mettre à table avec ce grand photographe.


L'affiche en tête et quelques stations de métro plus loin, je découvre et rencontre l'oeuvre de Capa. La majeure partie de cette dernière à été retrouvée a été retrouvée au Mexique après avoir quitté son atelier de la rue Froidevaux à Paris, en 1939. Ses clichés sont associés à ceux de Gerda Taro, qu'il considère comme sa femme, et à celles de David Seymour.

Les photographies de Robert Capa constituent un témoignage poignant de cette époque tourmentée, je pense que vous connaissez tous celle-ci qui a fait le tour du monde et a propulsé Capa. Le trio de photographes montre la guerre en Espagne, ses peines, ses soldats en espadrilles, ses gens à table, ses visages multiples.


Voyages Autour de Ma Cuisine Qui étaient Robert Capa et Gerda Taro ?
  • Thierry Do Espirito Endre Friedmann (Robert Capa) et Gerta Pohorylle (Gerda Taro) sont des juifs de l'Europe de l'Est. En fuyant respectivement la Pologne et la Hongrie, puis l'Allemagne, sans se connaître, ils deviennent des "réprouvés", ces immigrés que la France regarde de travers. Comme il leur est interdit d'avoir une résidence fixe, ils vont d'hôtel en hôtel. 

VAMC ils ne cuisinent pas ?
  • TDE Non et cette situation convient malgré tout à ces deux caractères libres ne désirant pas d'attaches. Même s'ils ont du mal à assurer leur quotidien, ils prennent leurs repas à l'extérieur.
VAMC Dans les bistrots par exemple ?
  • TDE Oui et les cafés. Ils découvrent la France à travers les plats de l'époque.
VAMC Pour eux qui viennent de l'Europe de l'Est, ce doit être complètement différent !
  • TDE Certes, mais Capa s'amourache de la cuisine Française à tel point qu'il aura toujours son mot à dire des années plus tard aux Etats-Unis lorsqu'il va se restaurer.


VAMC Que mange-t-on à l'époque ?
  • TDE S'ils nous semblent simples, les plats servis dans les restaurants et les bistrots sont toujours plus savoureux que la simple soupe de l'ouvrier. Du gigot, des mijotés, des omelettes. Ce qui va les marquer, tout comme Hemingway dans Paris est une fête, c'est ce Paris pas cher et convivial de l'époque où l'on se retrouve pour discuter.

Droits réservés
Une note de restaurant de l'époque, un repas que n'aurait pas désavoué Capa. C'est l'époque aussi où l'on paie au nombre de coupelles apportées sur la table.

Photo Roger Schall - Parisiennes à table en 1940

VAMC Où les croise-t-on à l'époque ?
  • TDE Dans les cafés de Montparnasse, la Coupole, notamment et surtout le Dôme où il rencontre Gerda pour la première fois.

VAMC La petite anecdote ?
  • TDE A l'époque les cafés sont ouverts toute la nuit mais on apprécie guère ces étrangers qui n'ont pas les moyens de consommer et qui restent tard. Le Gérant du Dôme laisse les artistes, les pauvres, les clochards, s'endormir la nuit sur les chaises au lieu de les jeter dehors. Capa, lui, préfère dormir à l'hôtel, même s'il ne peut payer sa note.

Emouvante Remington

VAMC Il semblait très apprécié
  • TDE Oui, le jour de ses funérailles à Saïgon, il y aura sur son cercueil une couronne mortuaire du restaurant “La bonne casserole”, un boui-boui local tenu par un couple d’européens, où, selon les mots de John Mecklin, du magazine Life, «Capa terrorisait les serveurs, faisait du charme aux serveuses et demandait au barman de lui préparer des American Martini.

Des planches contact

Gerda Taro meurt en reportage dans un accident à l'âge de 27 ans en Espagne, c'est la première femme reporter tuée en mission. Capa plus tard en 1954 à 40 ans en Indochine. Tous deux pensaient que leurs photographies pouvaient aider à changer le monde et apporter une nouvelle vision de celui-ci à tout un chacun.

Merci à Thierry Do Espirito d'avoir pris le temps de répondre à mes questions, il vient de publier en outre L'Histoire, c'est trop con , un livre d'Histoire plutôt à part, dont un des chapitres est dédié à Robert Capa.

L'exposition dure jusqu'au 30 juin 2013
Musée d'Art et d'histoire du Judaïsme

Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple
75003 Paris
Téléphone : (33) 1 53 01 86 60




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